L'article m'a été demandé pour le bulletin de la paroisse "Chrétien dans l'Esprit Saint ", c'est pas un mal si je vous le publie sur le blog :
Passer du temps en Terre Sainte est une chance qui m’est donnée, chance de pouvoir visiter les lieux saints mais aussi de pouvoir étudier, relire et méditer les textes de la Sainte Ecriture.
De nos jours, nous, catholiques, avons du mal à lire l’Ancien comme le Nouveau Testament, pourtant si riches de paroles de vie puisque Parole de Dieu. Mes cours sur la Bible et sur le judaïsme me permettent de me plonger dans cette Parole tant commentée et si souvent porteuse d’une rencontre avec Dieu et de principes de vie. Pour les juifs, on peut lire dans le livre du Deutéronome (6,24) la raison du don de la Torah (la Loi donnée à Moïse au Sinaï) : pour aimer Dieu, vivre et être heureux. C’est encore aujourd’hui l’espérance du peuple d’Israël que Dieu les bénisse tous les jours de leur vie.
Pour nous chrétiens, le Christ est venu nous donner une autre espérance, celle de la vie éternelle, du royaume de Dieu. S’Il a souffert, est mort, est ressuscité et est monté au ciel, c’est pour nous permettre d’accéder à la vie divine, déjà dans ce monde mais aussi pour l’éternité. Nous sommes alors porteurs d’une espérance de paix et d’amour. Personne d’autre que nous peut affirmer avec force que « Dieu est amour » (1Jn 4,16) et c’est pour cela que nous devons en témoigner dans le monde. Je vous rappelle cela car ici, les chrétiens sont minoritaires et cette mission saute aux yeux malgré qu’elle soit une croix, la croix du Christ que chacun d’entre eux porte dans sa chair. Cette mission, ils ne peuvent l’accomplir qu’avec l’aide de Dieu seul. Je découvre tous les jours des témoignages de chrétiens qui vivent l’expérience d’être une minorité et qui ont à annoncer aux autres un message de paix en ne prenant pas part à la violence et la haine. Qu’ils soient palestiniens chrétiens ou israéliens chrétiens, religieux, religieuses, prêtres étrangers ou missionnaires, la tache est rude. Pour les palestiniens, la difficulté est de vivre dans leur pays et de croire encore à l’amour de l’autre, qu’il fasse partie du même peuple ou qu’il veuille les chasser de leur terre. Pour les chrétiens israéliens, encore plus minoritaires, leur souffrance consiste à être assimilés à l’état d’Israël et pourtant de ne pas être reconnu comme juif dans un pays confessionnel. Les religieux et religieuses sont confrontés tous les jours à la misère humaine, à la diversité des cultures et à la difficulté de faire respecter la justice et la paix dans les domaines de l’éducation, de la santé ou du social. Les missionnaires, quant à eux, doivent se faire présence chrétienne au coeur des autres religions en enseignant aux chrétiens de ne pas juger l’autre parce qu’il est différent mais de le respecter et de l’aimer. Ils doivent aussi savoir proposer un dialogue interreligieux pour que juifs et musulmans puissent porter un regard sur la chrétienté autre que la shoah et les croisades.
Dans ce pays, je fais aussi l’expérience de la rencontre avec les différentes églises, les différentes confessions chrétiennes. J’expérimente l’ouverture à ceux qui m’entourent et qui majoritairement ne sont pas chrétiens ou, s’ils le sont, ne sont généralement pas catholiques. A Jérusalem, 12 confessions chrétiennes sont représentées : des Eglises orientales rattachées à Rome, d’autres issues de l’orthodoxie avec ses différents patriarcats et encore d’autres issues de la réforme protestante. Tout ce beau monde est chrétien, souvent minoritaire et avec un passé chargé de conflit, notamment dans la répartition du lieu de la résurrection du Christ (le Saint Sépulcre).
Ensuite que dire, après deux mois, sur la situation en Terre Sainte ? La situation est très compliquée et souvent ceux qui souffrent le plus, comme dans toutes les guerres d’ailleurs, sont souvent ceux qui veulent que tout s’arrête pour vivre dans la paix. L’injustice pour les uns et l’insécurité pour les autres sont les sentiments qui, je pense, résument le mieux ce que je vois autour de moi, avec des perspectives d’avenir parfois très faibles. Extérieurement, il reste très difficile de juger une situation qui nous dépasse car elle est ancrée dans la chair et le cœur de maintenant plusieurs générations d’hommes et de femmes. Malgré tout cela, il y a quand même une lueur d’espérance lorsqu’on regarde la générosité et le dévouement de tous ceux qui essaient de se positionner en artisans de paix et bâtisseurs de ponts entre les personnes. Deux des principales sources de haine et de peur sont la méconnaissance de l’autre et les préjugés, et c’est contre cela que beaucoup de personnes œuvrent ici.
Je vous souhaite à tous un joyeux noël, soyez assurés de ma prière depuis la Terre de notre Seigneur. En vous remerciant pour toutes les marques d’amitiés que vous m’avez témoignées lors de mon ordination et que vous continuez à me témoigner malgré la distance.